Couleur, modes d'existence

Appropriation culturelle dans l’art

Les couleurs prises en otage :
Formes d’appropriation culturelle

Depuis une quinzaine d’années, la notion d’appropriation culturelle occupe une place centrale dans les débats liés à l’art contemporain, à la mode, au design et aux industries culturelles. De nombreuses controverses ont émergé autour d’œuvres, de collections ou de campagnes visuelles accusées de réutiliser des formes, des couleurs, des motifs ou des matériaux issus de cultures minorisées sans en reconnaître les significations, les contextes historiques ou les enjeux politiques. Ces débats ne portent pas uniquement sur la question de la “copie” ou de l’influence, mais sur les conditions dans lesquelles certains signes culturels circulent, et sur les asymétries de pouvoir qui accompagnent cette circulation. La couleur, en tant que signe immédiatement visible, est souvent au cœur de ces tensions.


Les échanges culturels ont toujours existé dans l’histoire de l’art. Cependant, l’appropriation culturelle devient problématique dans des contextes marqués par :


Des éléments issus de cultures marginalisées peuvent ainsi être revalorisés esthétiquement lorsqu’ils sont repris par des institutions dominantes (musées, marques de luxe, artistes reconnus), alors même que ces mêmes éléments continuent d’être stigmatisés ou invisibilisés lorsqu’ils sont portés par les communautés d’origine.


On parle d’appropriation culturelle lorsqu’un artiste, une institution ou une marque :


Dans le champ de la couleur, cela peut se manifester par :


Les critiques adressées à l’appropriation culturelle soulignent plusieurs risques :


Face à ces enjeux, plusieurs approches sont proposées dans le champ artistique et pédagogique :



Untitled (Vénus à la fourrure)
The Matrix, les Wachowski, 1999


Untitled (Vénus à la fourrure)
Twitter, 2020



Matrix parlait entièrement du désir de transformation, mais depuis une position contrainte, dissimulée.

L’idéologie de droite s’approprie absolument tout. Elle s’approprie les points de vue de gauche et les transforme pour sa propre propagande, afin d’obscurcir le véritable message. C’est exactement ce que fait le fascisme.

Lilly Wachowski en entretien pour le podcast So True, 2025



Untitled (Vénus à la fourrure)
Sac utilitaire en toile de polypropylène tissée, à motif rouge-blanc-bleu, largement répandu parmi les populations précaires à Hong Kong, en Afrique et en Asie du Sud-Est


Untitled (Vénus à la fourrure)
Louis Vuitton, 2011



« L’impression que j’en avais en grandissant était que ce sont des personnes qui n’étaient pas vraiment aisées qui utilisaient ce sac. Il symbolisait la difficulté économique. Alors voir ce sac être approprié de cette manière par Louis Vuitton a fait rire pas mal de Nigérians. »

Dans le cas du rouge-blanc-bleu réutilisé sous forme de sacs de créateurs vendus à prix élevés, explique-t-il, les marques « ne le voient que comme un motif et un matériau amusants, un peu gadgets. Elles ne perçoivent pas le message social qui se cache derrière. »

Et ce message — que ce soit à Hong Kong, au Nigeria ou en Afrique du Sud, dans les magasins à bas prix de Londres ou les “dollar stores” de New York — est celui d’une persévérance populaire. C’est la volonté de franchir des murs et de traverser des océans à la recherche d’une vie meilleure. Le rouge-blanc-bleu est un sac utilisé par des personnes traversant des rivières, se rendant dans des villes industrielles, s’accommodant d’un logement-cabine parce qu’elles n’ont pas les moyens de louer un véritable appartement. C’est un sac qui est utile précisément parce qu’il est peu coûteux, résistant et accessible. Diana Olaleye, article pour The Book Banque, 2019




Untitled (Vénus à la fourrure)
Exemple de pinkwashing
Char de la N-VA (parti politique belge nationaliste flamand de droite) lors de la Brussels Pride – Marche des fiertés, 2025


Untitled (Vénus à la fourrure)
Exemple de pinkwashing
D. Trump lors de la campagne présidentielle, octobre 2016


Untitled (Vénus à la fourrure)
Exemple de pinkwashing
Tweet par D. Trump lors de la campagne présidentielle, octobre 2016


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Untitled (Vénus à la fourrure)
Controverse autour de quelques pièces de Gucci, pointées de "blackface", 2018


Untitled (Vénus à la fourrure)
Exemple historique de "blackface"
Affiche de spectacle de minstrel show, avec Billy Van, États-Unis, vers 1900


Untitled (Vénus à la fourrure)
Exemple actuel de "blackface"
Personnages de "Zwarte Piet" (Père Fouettard),
une radition folklorique liée à la fête de Saint-Nicolas en Belgique et Pays-Bas



Quelques contre-exemples plus éthiques, où on passe d'une logique de l’extraction à une logique de relation / collaboration / restitution :


Untitled (Vénus à la fourrure)
Wanda Lephoto, Collection "People", 2024


Untitled (Vénus à la fourrure)
Obinna Obioma, Chioma Obiegbu et Wuraola Oladapo, "Anyi N’Aga", 2020


Untitled (Vénus à la fourrure)
Yinka Shonibare, "How Does a Girl Like You Get to Be a Girl Like You?", 1995


Collaboration entre Thebe Magugu et Pierpaolo Piccioli, 2022
Collaboration entre Thebe Magugu et Pierpaolo Piccioli, 2022



Pour aller plus loin :


📖 Stuart Hall (2008). Identités et cultures. Politiques des cultural studies. Éd. Amsterdam.

📖 Ariella Aïsha Azoulay (2021). Histoire potentielle. Défaire l’impérialisme. Éd. B42.

📖 Achille Mbembe (2013). Critique de la raison nègre. Éd. La Découverte.

📖 Culture & Musées (2008). « Introduction. Arts et appropriations transculturelles ». Culture & Musées, n° 12. Cairn.info.

📖 The Conversation (depuis 2016). Articles sur l’appropriation culturelle dans l’art et la mode. Édition française.

📖 Musée du quai Branly – Jacques Chirac. Ressources et articles sur la circulation des objets et des formes culturelles. Paris.